Accueil > CNRD > CNRD 2018-2019 Répressions et déportations en France et en Europe, 1939-1945. (...) > Ressources proposées par le Musée > Les massacres des puits de Guerry

Les massacres des puits de Guerry

L’histoire des puits de Guerry est connue : c’est celle du massacre, entre le 24 juillet et le 8 août, de 36 personnes – 28 hommes et 8 femmes – extraites de la prison du Bordiot, emmenées jusque dans le polygone de tir à l’est de Bourges, et jetées vivantes dans trois puits situés à proximité des fermes de Guerry, entre Savigny-en-Septaine et Soye-en-Septaine. Le témoignage du seul rescapé, Charles Krameisen, permet de prendre connaissance du massacre et de procéder à la remontée des corps hors des puits au cours du mois d’octobre 1944.

Ce massacre est particulièrement intéressant, en ce sens qu’il permet de lier plusieurs aspects du sujet du CNRD :
• Tout d’abord, il s’agit d’un massacre antisémite, puisque ses victimes sont toutes juives.
• Il s’inscrit ensuite dans un contexte militaire particulier, qui est celui des semaines qui suivent le débarquement en Normandie et qui s’accompagnent d’un franchissement dans le degré des violences commises par les forces de répression – on pense évidemment à Oradour-sur-Glane.
• Les 36 victimes des puits de Guerry ont été arrêtées dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944 à Saint-Amand, alors que la ville avait été libérée par les résistants, avant d’être reprise par les Allemands et la Milice. Nous sommes donc en présence d’une opération militaire menée à Saint-Amand, qui s’accompagne d’une opération qui illustre la dimension idéologique du conflit, en l’occurrence l’arrestation de Juifs. Le contexte est une nouvelle fois essentiel pour comprendre pourquoi les victimes ont été assassinées de la sorte : il n’est plus possible, à la fin du mois de juillet, de déporter ces personnes vers les camps de transit du Loiret ou de la région parisienne. Ordre est donc donné depuis Orléans de s’en débarrasser. Les hommes qui accomplissent ce crime, hommes du Sipo-SD et Miliciens, tergiversent sur le procédé à adopter avant de se fixer sur les puits.

Plusieurs dossiers peuvent être consultés à ce sujet : on trouve par exemple dans les archives du CBSR (Comité Berrichon pour le Souvenir et la Reconnaissance) un ensemble de photos prises lors de la sortie des corps des puits ; une description de la façon dont le massacre a été commis ; une liste des victimes ; une liste des effets trouvés autour des puits.

• Ces massacres sont aussi l’occasion de se pencher sur un des exécutants de la répression et de la déportation dans le département du Cher, en la personne de Pierre-Marie Paoli. Ce Français, originaire d’Aubigny-sur-Nère, entre au service du l’antenne du Sipo-SD de Bourges en tant que traducteur en mars 1943. Il fait très vite montre de qualités qui intéressent ses employeurs, et intègre les rangs de la SS. Il devient alors un des visages de la lutte menée contre la Résistance dans le département et se forge une terrible réputation de tortionnaire et de bourreau. Paoli est présent lors des massacres des puits de Guerry. Il fuit peu après le département, perpètre d’autres crimes près de Nancy, suit la déroute de l’armée allemande jusqu’en Allemagne où il est capturé et livré aux autorités françaises. Son procès, tenu à Bourges en mai 1946, se conclut par sa condamnation à mort. Paoli est exécuté le 15 juin 1946 dans le polygone de tir.

Le Musée et les Archives disposent de nombreux documents à son sujet, notamment à travers le dossier d’instruction du procès de 1946.

info portfolio

Dans la même rubrique

Haut de page

Partenaires