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Louis BEGUIN

Louis Béguin est né le 6 octobre 1911 à Vignoux-sur-Barangeon (Cher). Après avoir été manœuvre, il s’engage dans l’armée en janvier 1932. Il sert au Maroc puis en Indochine dans l’infanterie coloniale.
Refusant l’armistice et ses conditions, il déserte l’armée pour rallier les Forces françaises libres en Egypte le 29 juin 1940 et s’engage dès sa création au 1er Bataillon d’infanterie de marine (1er BIM) et quitte Ismaïlia le 6 septembre 1940 pour rejoindre la 7e Division blindée britannique dans la région de Marsa Matrouh (Egypte) et participe à la première campagne de Libye contre les Italiens.
Il est de retour en Egypte en mai 1941 puis stationne en Palestine où il est décoré de la Croix de la Libération avant de prendre part à la campagne de Syrie en juin 1941. Il combat ensuite en Libye à Bir-Hakeim (27 mai - 11 juin 1942) puis à El Alamein (Egypte) en juin et octobre 1942, participe aux batailles puis aux opérations de Tunisie à l’issue desquelles il est promu caporal.
Débarqué en Italie en avril 1944 au sein de la 1ère Division française libre, Louis Béguin est tué le 8 mai 1944 par l’explosion d’une mine lors de la bataille de San Ambrosio. Son corps n’a pas été retrouvé.

Il sera fait Chevalier de la Légion d’Honneur et Compagnon de la Libération.

Transcription de la lettre envoyée par Louis Béguin à ses parents leur apprenant à la fois sa désertion et son engagement auprès du général De Gaulle :

Beyrouth, le 21 septembre 1941

Chers parents

Une occasion unique pour vous donner de mes nouvelles. Un caporal-chef rentre en France et rejoint Vichy en s’arrêtant à Vierzon, aussi, j’en profite pour vous griffonner ce petit mot qu’il vous remettra.
Vous avez sans doute su ce qu’il s’est passé ici.
Le gouvernement de Vichy a dû vous avertir que j’étais accusé de désertion en temps de guerre à l’Etranger. Eh, bien ceux qui considèrent cet acte là comme désertion, moi je le considère comme un devoir et un devoir de Français libre, et tant que les Boches seront en France je n’y mettrai jamais les pieds si ce n’est que pour les chasser.
Maintenant que je vous explique ce qui m’est advenu. Je ne vous raconterai que le plus simple. Sitôt que la France a signé cet armistice honteux avec l’Allemagne, en compagnie de quelques Français, des purs ceux-là, et plusieurs officiers, j’ai passé la frontière palestinienne. De là, quelque temps plus tard, nous avons été dirigés sur l’Egypte où tous les Français de là-bas nous ont reçu à bras ouverts. Et les Anglais sont de braves compagnons d’armes. Je n’ai que des éloges à leur faire, ils nous [ont] nourri, habillé et logé merveilleusement.
Nous avons pendant huit mois combattu côte à côte en Libye contre ces traîtres d’Italiens. Là j’ai gagné la croix de la Libération (un ordre institué par le général De Gaulle) et la croix de Guerre, et si tous les Français avaient fait leur devoir comme nous l’avons fait la France ne serait pas à l’esclavage des Nazis.
Je suis parti pour un idéal (sauver le pays de la tyrannie des Allemands) et je le suivrai jusqu’au bout dussé-je en mourir. Je n’admets pas que tous mes anciens, mon oncle qui est mort des balles allemandes, papa qui a payé de son sang et qui en porte encore le souvenir dans sa poitrine, que tous ceux de 14-18, que toutes les veuves et les orphelins de guerre ayant payé leur tribut, que tous ces sacrifices soient inutiles et que notre bonne terre de France retombe sous le joug de l’ennemi. Aussi nous, leurs fils à tous ces vieux là, nous ferons notre devoir comme ils l’ont fait pendant 4 ans.
Maintenant chers parents jugez-moi suivant votre cœur. Quant à moi j’estime que j’ai fait ce que tout Français aurait dû faire… Je suis en très bonne santé je ne me suis jamais mieux porté, j’ai eu la chance de n’être jamais blessé. Sauf qu’au début, de la campagne de Libye, j’ai eu un assez fort accès de fièvre, mais tout ça s’est bien passé.
J’espère que vous êtes tous les trois également en bonne santé. Je doute fort que vous soyez heureux, mais bientôt nous viendrons vous délivrer de ce joug infâme.
Quant à toi chère maman, j’espère que ton cœur, s’il n’est pas trop vaillant, est en assez bon état et qu’il garde toujours le souvenir de ton fils.

Alphonse Louis Béguin

P.S. Je vous embrasse bien fort tous les trois et vous prie de donner bien le bonjour à tous les parents et amis de ma part.
Je ne crois pas qu’il sera utile de me répondre, je ne crois pas que votre lettre m’arrive.
D’ailleurs nous [ne] sommes jamais à la même place et ne saurais vous donner une adresse juste.

Avec toutes mes pensées

info portfolio

Louis Béguin. AD 18 – 5NUM43 Citation à l'ordre des Troupes françaises d'Orient en 1941 pour Louis (...) Le général De Gaulle décerne la médaille Coloniale à Louis Béguin pour les (...) Le maire de Vierzon est avisé du décès de Louis Béguin quelques mois après la (...) Louis Béguin profite d'une permission à Beyrouth pour faire transmettre (...) Lettre écrite par Louis Béguin le 21 septembre 1941. 3e feuillet. Engagement de Louis Béguin dans les Forces françaises libres le 29 juin 1940. (...)

PS : Sources : - Livret individuel des troupes coloniales.- AD 18 - 5NUM43 - Lettre de Louis Béguin du 21 septembre 1941 à ses parents leur apprenant sa désertion de l’armée au lendemain de l’armistice et son engagement auprès du général De Gaulle. – AD 18 - 5NUM43 - Attestation d’engagement dans les FFL sous commandement britannique en date du 29 juin 1940. - AD 18 - 5NUM43 - Citation à l’ordre des troupes françaises d’Orient en date du 21 mars 1941. - AD 18 - 5NUM43 - Attribution de la médaille Coloniale avec agrafe par le général De Gaulle à Louis Béguin pour les campagnes de Libye et Bir Hakeim. -AD 18 - 5NUM43 - Avis de décès de Louis Béguin. -AD 18 - 5NUM43

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