Accueil > CNRD > CNRD 2017-2018 S’engager pour libérer la France. > Témoignages > Arnaud de VOGÜÉ

Arnaud de VOGÜÉ

Arnaud de Vogüé (« Colonel ou Commandant Colomb » dans la Résistance) est né à Paris le 11 juin 1904. Lieutenant de réserve, il est affecté près de Lille en avril 1940 à la 42e division d’infanterie de l’armée britannique en tant qu’officier de liaison. Il participe aux combats et à l’évacuation de Dunkerque, réussit à embarquer sur l’ « El Djezair » pour l’Angleterre lors de l’opération Dynamo. Il est démobilisé le 25 juillet 1940 à son retour en France.

En avril 1943 il s’engage dans la Résistance, d’abord à Boulleret (Cher), puis intègre en septembre l’O.C.M* dont une antenne est implantée dans la Nièvre. Il y reste jusqu’à la dispersion de la section de Cosne à laquelle il appartient, en février 1944. Désigné par le COMAC** en avril, il prend le commandement des FFI*** du Cher-Nord le 1er mai, jusqu’à la libération du département, le 11 septembre 1944.

Pendant cette dernière période, il obtient des Alliés de nombreux parachutages d’armes, réussit à fédérer la plupart des formations de Résistance du Cher, organise et participe activement à diverses opérations de guérilla, permet la libération de Bourges sans effusion de sang inutile.

Après la guerre, il fonde « La Voix du Sancerrois », hebdomadaire de l’est du département, reprend les rênes de la mairie de Boulleret et préside l’amicale des FFI Cher-Nord. Il devient par ailleurs P.D.G. de Saint-Gobain.

Il décède le 27 septembre 1988 à Cosne-sur-Loire.

*Organisation Civile et Militaire
**Comité d’action militaire qui dirige tous les groupes de résistants en France métropolitaine = FFI
***Forces Françaises de l’Intérieur

La famille de Vogüé dans la Résistance…

Antoine de Vogüé évoque pour le « Berry Magazine » sa contribution à la Résistance ainsi que le parcours résistant de son frère Pierre et de ses oncles Jean et Arnaud.

Berry Mag : Une autre caractéristique importante de votre famille, c’est le patriotisme. Plusieurs de Vogüé dont vous-même se sont engagés dans la Résistance. Au nom de quelle idée avez-vous fait ce choix ?

Antoine de Vogüé (« Bertrand »)

Une idée très simple. J’ai assisté ici au château de la Verrerie à une cérémonie allemande, le jour où l’armistice a été signé entre Pétain et Hitler. C’était au coucher du soleil dans la cour du château. Il y avait une musique militaire et un aumônier allemand devant lequel les soldats se sont agenouillés. Je revois très bien les casques qui brillaient dans la lumière du soir. Je me suis alors souvenu d’un vieux jardinier que j’avais connu au château et qui nous racontait qu’en 1870, il avait vu des uhlans ici. Je pensais que c’était du roman, que ce n’était pas possible, les Allemands ici ? … Et pourtant ce soir-là, j’ai ressenti l’impression très désagréable d’être envahi, de subir directement l’envahisseur. Cette scène m’a beaucoup impressionné. D’ailleurs ma grand-mère avait donné l’ordre de fermer les rideaux partout, que personne ne regarde cette manifestation.

Pierre de Vogüé (« Lieutenant François »)

A. de V. : J’ajoute que j’avais un frère, Pierre, qui était engagé depuis 1943 dans les maquis du Vercors dont vous connaissez l’issue tragique. Pierre a eu la chance d’être arrêté par les Allemands à Grenoble, d’être embarqué pour l’Allemagne et de parvenir à s’échapper en gare de Dijon. De là il a rejoint le Berry où il a retrouvé mon oncle Arnaud de Vogüé qui commandait la Résistance ici, en Cher-Nord.

Moi, à l’époque, je poursuivais mes études à l’école supérieure d’agriculture d’Angers tout en mourant d’envie de rejoindre les maquis. Mais mes parents dans leur sagesse m’avaient demandé de faire mes études d’abord. Entre-temps il y a eu le débarquement allié, et je suis revenu ici pour apprendre que mon frère était là, caché à la ferme du « Mousseret », à Sury-près-Léré. Et j’appris également que mon oncle Arnaud était à la tête de la Résistance dans le Cher.

Berry Mag : Vous voulez dire que vous ignoriez l’engagement de votre oncle dans les maquis ? L’affaire n’avait pas transpiré, même dans la famille ?

A. de V. : Absolument. Je savais certes que mon frère était dans le Vercors, mais pour mon oncle, j’ignorais tout. C’était tenu rigoureusement secret. C’est en arrivant ici que j’ai découvert que j’étais au cœur même de la Résistance.

[…]

Jean de Vogüé (« Vaillant »)


A. de V.
 : J’ajoute qu’il y a eu aussi le frère d’Arnaud, Jean de Vogüé qui était « Vaillant » dans la Résistance et qui fut membre du CNR, le Conseil national de la Résistance. Il siégeait aux côtés d’autres résistants de diverses obédiences, de communistes, etc. […]

Berry Mag  : Votre nom de guerre était « Bertrand ». Quel rôle avez-vous joué précisément dans la Résistance ?

A. de V. : Oh vous savez, je suis devenu maquisard dans les forêts d’Ivoy et l’on m’a confié la direction d’une section qui s’appelait la section Bertrand (qui était justement mon nom de guerre) et qui était composée de trois groupes de combattants. J’ai assumé cette responsabilité, voilà.

Berry Mag  : N’étiez-vous pas également l’agent de liaison de votre oncle le « Colonel Colomb » ?

A. de V. : oui, pendant une période, mon oncle Arnaud m’avait demandé de l’accompagner et j’ai fait quelques étapes à bicyclette avec lui. J’ai été chargé notamment de lui trouver un cantonnement lorsqu’il a voulu rencontrer le responsable de la Résistance sur Vierzon, un dénommé « Stag  ». C’est moi qui leur ai ménagé un rendez-vous chez des amis, à Neuvy-sur-Barangeon. J’ai fait cela plusieurs fois. En effet, oui, j’ai été son agent de liaison. Je l’accompagnais, je réparais sa bicyclette aussi quelquefois parce qu’il n’avait pas l’habitude de faire ce genre de choses. Cela, c’était au début. Par la suite, nous avons formé des sections de combat dans les bois. Il y avait un camp de triage où les gens qui venaient de Bourges ou d’ailleurs devaient se présenter avec un mot de passe. Ils devaient « acheter un couple de pintades ». Donc quand quelqu’un venait « pour acheter un couple de pintades », on allait le chercher. Parce qu’on se méfiait, naturellement. On ne voulait pas introduire d’intrus ou de gens de la milice. On accueillait donc ces jeunes, puis on les armait. On a effectué ensuite un certain nombre d’actions, notre mission consistant essentiellement à retarder tous les éléments militaires allemands qui remontaient vers le nord ou vers l’est. Mon premier baptême du feu, si je puis dire, eut lieu sur le plateau de Bellechaume où nous avons tendu une embuscade et attaqué un convoi hippomobile allemand qui, de ce fait, n’a jamais traversé la Loire…

Berry Mag
 : De cette période de combat et de clandestinité, quel est le souvenir fort que vous conservez ?

A. de V.  : Il faut dire que ça a duré trois à quatre mois, donc une période relativement courte. […] Mon souvenir le plus extraordinaire est celui du premier parachutage auquel j’ai assisté. Ça se passait entre Vailly et Sury-ès-Bois, à la ferme de Vallière où nous attendions les premiers avions annoncés par le message : « Le blé noir fait engraisser ». Il y avait là une femme exceptionnelle, je me souviens, qui s’appelait Diane. C’était une Anglaise appartenant aux services secrets qui a passé un certain temps dans le Cher. […]

info portfolio

Arnaud de Vogüé (couvert de son béret noir), à la libération du Cher. On peut (...) Nomination par le COMIDAC d'Arnaud de Vogüé à la tête des FFI du Cher-Nord. (...) « Colomb », au côté de "Benoît" (Colonel Bertrand), devant les grilles (...) Photographie prise le 10 septembre 1944 à la sortie de la cathédrale de (...) Décret promouvant Arnaud de Vogüé dans l'ordre de la Légion d'Honneur (...) A l'occasion du 50è anniversaire de la Libération du Cher, « Le Berry (...) Jean de Vogüé (http://museedelaresistanceenligne.org) Citation à l'ordre de la Division.- AD 18 – 1555W30/2574

PS : Sources : - « Carnets de guerre : ma campagne de Dunkerque 10 mai 1940-1er juin 1940 »/ Arnaud de Vogüé. Ed. Tirésias : Paris, 2001. - « Souvenirs de la résistance dans le Cher-Nord : 1943-1944 » /Amicale FFI Cher-Nord [D’après "L’Historique de la Résistance armée dans le Cher-Nord"/ Arnaud de Vogüé, déposé aux Archives du Service historique du Ministère des Armées]. [S.d.]. AD 18 – Br 4°1786 - « Histoire de l'Occupation et de la Résistance dans la Nièvre : 1940-1944 »/ Jean-Claude Martinet. 1980. – La Charité-sur-Loire : [s. n.]. pp. 91. AD 18 – 8°2488 - AD 18 – 1555W30/2574 (Constitution du dossier pour obtenir la carte du Combattant volontaire de la Résistance) - Cédérom « La Résistance dans le Cher » / AMRDC- AERI - « La Résistance dans le Cher : 1940-1944 » /AMRDC - Article du « Berry Républicain » du 03.09.1998 - AD 18 – 204PER326 - Interview d’Antoine de Vogüé paru dans « Berry Magazine » N° 22 de mai 1992. pp. 37-38. AD 18 – PER 1052. - Photographie de Jean de Vogüé : musée de la Résistance en ligne.org Pierre de Vogüé : Vous pourrez trouver des précisions sur son activité dans le maquis Cher-Nord dans : « La Résistance dans le Cher : 1940-1944 » p.201. Jean de Vogüé : Un article lui est consacré dans le cédérom « La Résistance en Ile-de-France », édité par l’AERI.

Dans la même rubrique

Haut de page

Partenaires

Conseil général du Cher Direction des services départementaux de l'éducation nationale du Cher Le Musée de la résistance Nationale Ministère de la Culture et de la communication Région Centre Val de Loire